ABUS N° 3322 : Les officines de réduction des charges : qu’en penser ? pourquoi s’en méfier ? pourquoi privilégier le modèle associatif ?

20/12/2012 Abus Abus

ABUS N° 3322 : Les officines de réduction des charges : qu’en penser ? pourquoi s’en méfier ? pourquoi privilégier le modèle associatif ?

 
Une offensive « commerciale » massive
 
Aujourd’hui, la crise aidant, nous assistons  à une  offensive commerciale intensive pour diriger les copropriétés (à prix fort) vers des officines de maîtrise de charges.
 
Nous avons même dû rappeler l’une d’elle (COPROPRESTA) et ses partenaires à plus de modération et de modestie, ces gens mettant en place en urgence un « Observatoire » qu’ils avaient un peu vite baptisé le « premier Observatoire des charges en copropriété » oubliant les observatoires déjà en place comme celui de l’UNARC (se référer aussi notre article concernant la faiblesse de cet Observatoire - voir abus n° 3295).
 
 Que penser de ces sociétés ? Quel crédit leur accorder ?
 
Voici nos analyses.
  1. Au lieu de former le conseil syndical et de lui apprendre à maîtriser les charges, ces sociétés font le travail à sa place (et pas forcément un bon travail).
Maîtriser ses charges est à la portée de tout le monde dès lors qu’on fournit aux personnes concernées les bonnes informations et les bons outils :
  • Comment savoir, poste par poste, si ses charges sont ou non correctes (pour cela il suffit d’aller sur un BON observatoire, comme celui de l’ARC) ;
  • comment contrôler les entreprises, leurs devis et leurs factures ;
  • comment étudier et renégocier un contrat, y compris les contrats d’ascenseur ;
  • comment suivre les consommations d’eau ou de chauffage, repérer les anomalies et les traiter ;
  • comment contrôler les frais de syndic ;
  • comment contrôler le prix des fournisseurs et produits, etc.
Confier ce travail à un tiers a deux inconvénients :
  • cela coûte de l’argent... (et parfois beaucoup)
  • les copropriétaires n’apprennent rien et restent dépendants du tiers... pendant de longues années rémunératrices pour ce dernier !
  1. Ces sociétés ne font d’ailleurs qu’une partie du travail, le plus simple : la renégociation des contrats, et laissent de côté le travail essentiel mais beaucoup plus fin sur l’analyse des consommations d’eau ou le suivi du chauffage.

 

  1. Ces officines utilisent des sociétés non « contrôlées ».
 
Faire baisser le prix d’un contrat est à la portée de tout le monde, lorsque l’on s’adresse à des prestataires ou entreprises qui « cassent les prix ».
 
Ceci d’autant plus que certaines de ces officines se payent aussi sur les économies qu’elles font faire la première année. Dès lors, « casser les prix » est une nécessité pour elles, mais peut - à terme - s’avérer dangereux pour la copropriété.
 
Le problème est : comment obliger ces sociétés à faire correctement le travail aujourd’hui et (SURTOUT) demain ?
 
En dehors d’un système de référencement désintéressé, de contrôle rigoureux et de sanctions en cas de besoin (ce que l’ARC a mis au point avec sa coopérative), obtenir un travail correct sur la durée est quasiment impossible faute d’avoir une prise sur ces entreprises.
 
Or, les « officines » qui font de la baisse de charges leur nouveau fonds de commerce n’ont AUCUN contrôle sur les sociétés qu’elles font travailler (on peut même supposer que - dans certains cas - ces sociétés ristournent ces officines pour obtenir du travail...).
 
  1. Ces officines font des économies faciles et parfois dangereuses.
 
Exemple : il est facile de rénégocier à la baisse un contrat d’assurance : on accepte des franchises ou des exclusions et la prime peut baisser de 25 %.
 
Les problèmes surviennent lorsque viennent les sinistres : indemnités écornées, sinistres parfois non couverts, etc.
 
  1. Ces officines font des économies qui peuvent être des économies en trompe-l'œil. Pire, elles font des économies qui peuvent être « temporaires » et cacher des augmentations futures.
 
Ainsi, si la formule d’indexation est mal négociée, en trois ou quatre ans, le nouveau contrat qui semblait si bien négocié, peut facilement retrouver le niveau de l’ancien contrat.
 
  1. Ces officines font le travail du syndic et sont rémunérées pour cela, sans qu’il y ait baisse d’honoraires du syndic pour autant.
 
En effet, la maîtrise de la baisse des charges, c’est le travail du syndic. En faisant appel à ces officines de baisse de charges, on paye EN PLUS une nouvelle prestation (qui peut s’avérer coûteuses) mais sans baisse des honoraires du syndic...
 
  1. Ces officines ne donnent AUCUN outil d’autonomisation aux conseils syndicaux.
 
Nous insistons sur ce point. Ces sociétés « font » (et parfois pas très bien, comme on l’a vu) le travail à la place des conseils syndicaux sans lui assurer pour autant la formation nécessaire ni la transmission d’outils pertinents. Quel intérêt ?
 
Conclusion.
 
Derrière l’écran de la « baisse des charges », ces sociétés peuvent révéler des surprises:
 
  • elles font (et facturent) le travail du syndic ;
  • elles font des économies partielles et faciles sachant que ces économies peuvent être payées cher au final (mauvaises entreprises, mauvais contrats) ;
  • elles ne forment pas le conseil syndical à agir efficacement lui-même, mais font le travail (en partie d’ailleurs) à sa place ;
  • elles ont, au final, un coût non négligeable.
 
À côté il y a le vrai modèle associatif :
  • donner aux conseils syndicaux les « clefs » des économies et les former ;
  • s’attaquer à TOUS les problèmes, y compris ceux qui requièrent un suivi dans le temps ;
  • viser un modèle où les contrats sont maîtrisés et les sociétés contrôlées (ou évincées si elles ne donnent pas satisfaction).
Voir aussi notre article intitulé : Abus n°3079 : «  L’ARC, Une association qui porte bien son nom : l’autonomie d’abord ».